(30/09/2026) Le 11 octobre, la gauche française tiendra sa grande primaire unitaire pour désigner un candidat commun à la présidentielle de 2027. Elle a déjà résolu le principal obstacle à son rassemblement : la présence des autres.
Une union à géométrie très variable
Faisons l’appel. La France insoumise ne vient pas. Place publique décline. Le Parti communiste prépare son propre candidat. Quant au Parti socialiste, il ne participe pas davantage, alors que son premier secrétaire, Olivier Faure, figurait parmi les initiateurs de cette primaire en novembre 2025. Organiser une réunion à laquelle son propre parti refuse de participer, voilà une autorité qui impose le respect. Surtout aux absents.
Restent trois formations : les Écologistes, L’Après et Debout!. Marine Tondelier, François Ruffin et Lydie Massard, de l’Union démocratique bretonne, briguent l’investiture. Chaque canton de France accueillera un bureau de vote. La couverture territoriale sera donc excellente. Il ne manque plus que la couverture politique.
Au train où vont les défections, certains bureaux compteront davantage d’assesseurs que de partis représentés. On pourra toujours les photographier de près pour donner une impression de foule.
Le plus savoureux tient aux électeurs. En février, un sondage Ipsos trouvait 78 % des sympathisants de gauche favorables à une primaire. La base veut l’union. Les dirigeants aussi, à condition qu’elle se fasse derrière eux. Dès qu’il faut envisager de se ranger derrière quelqu’un d’autre, les convictions deviennent soudain beaucoup plus précises.
Freud avait prévenu
En 1930, dans Malaise dans la civilisation, Freud décrit ce qu’il nomme le narcissisme des petites différences. Des groupes proches cultivent avec passion les distinctions qui les séparent. Plus le voisin vous ressemble, plus il devient urgent d’expliquer pourquoi il est infréquentable.
Freud citait les Espagnols et les Portugais, les Allemands du Nord et ceux du Sud, les Anglais et les Écossais. Avec la gauche française, il aurait pu économiser les frais de voyage.
Socialistes, insoumis, communistes et écologistes veulent tous taxer davantage les riches, augmenter la dépense publique et sauver la planète. Mais sauver la planète avec le mauvais candidat serait manifestement une faute politique impardonnable.
Sur les grandes orientations, ils peuvent se rejoindre. Sur le nom en haut de l’affiche, les divergences deviennent fondamentales. Il faut comprendre : les principes sont négociables, les portraits beaucoup moins.
Pendant ce temps
La moyenne des sondages place Jordan Bardella autour de 34 % au premier tour. Aucun candidat de gauche ne figure parmi les trois premiers noms de ce classement.
La gauche recense ses chapelles. Le Rassemblement national compte ses points d’avance. Chacun travaille donc à ce qu’il sait faire.
Il reste heureusement du temps pour débattre des modalités du rassemblement, contester sa légitimité, proposer un autre rassemblement et dénoncer ceux qui refusent de s’y joindre. La présidentielle pourra toujours attendre. Elle a seulement une date fixe, ce qui témoigne d’un regrettable manque de souplesse.
Le candidat commun de personne
Le 11 octobre, la gauche unitaire désignera donc son champion. Il lui restera à convaincre le PS, LFI, le PCF et Place publique de le soutenir, c’est-à-dire à commencer le travail que la primaire était censée accomplir.
Le vainqueur pourra alors se prévaloir d’un mandat incontestable : tous ceux qui ont accepté de voter pour lui auront voté pour lui. Les autres seront invités à reconnaître cette puissante dynamique.
Au soir du premier tour, chacun expliquera que la défaite est la faute de ceux qui ont divisé la gauche. Sur ce point, au moins, l’unanimité semble acquise.
La gauche n’aura peut-être pas de candidat au second tour. Mais elle aura plusieurs responsables parfaitement innocents. (Cyril Malka)
