(14/10-2026) – Il nous manquait quelqu’un pour comprendre l’enseignement supérieur français. Quelqu’un capable de démêler les procédures d’admission, les capacités d’accueil des universités, les critères de sélection et le financement des lycées.

Hourra!: Greta est arrivée!

Hier, le 13 octobre, donc, Greta Thunberg s’est rendue devant le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis pour soutenir la mobilisation lycéenne. Le mouvement réclame notamment la suppression de Parcoursup et un plan de dix milliards d’euros pour les lycées.

Après le climat et la cause palestinienne, voici donc l’éducation nationale française au programme.

Elle vient apporter son « soutien ». C’est bien, le « soutien » car ça permet d’intervenir sur tous les sujets sans avoir à subir les désagréments qui accompagnent habituellement une compétence: apprendre, comparer, expliquer et répondre aux objections.

Le « soutien » tient dans une photographie.

Devant le lycée, Greta, kefieh obligatoire autour du cou, a répété son mantra: « On nous vole notre avenir ».Et elle s’est également dite « extrêmement fière des étudiants français ».

Merci maman! Voilà qui devrait considérablement faciliter leur orientation.

Les places en première année restent à trouver, les enseignants à recruter et les bâtiments à entretenir, mais les élèves disposent désormais d’un certificat de fierté délivré par Greta Thunberg. On espère qu’il compte dans le dossier.

Ce qui frappe, c’est la remarquable facilité avec laquelle son discours voyage. Changez le pays, le conflit ou l’administration concernée et vous entendez la même litanie: l’avenir est volé, les dirigeants ne nous écoutent pas et nous allons nous battre.

En fait, c’est pratique, c’est un discours très adaptable. C’est probablement dans un formulaire sur le web, il y a juste une case vide pour le nom de la manifestation.

Mais entre constater un problème et proposer une solution, il existe une étape peu photogénique: réfléchir au fonctionnement de ce qu’on veut changer.

Supprimer Parcoursup ? Très bien. Et le remplacer par quoi ? Comment départager les candidats lorsque les demandes dépassent le nombre de places ? Quels critères retenir ? Quels recours prévoir ? Comment limiter les inégalités ?

Ce sont des questions moins agréables à scander. Elles ont même ce défaut terrible: elles peuvent obliger à reconnaître qu’une solution (quelle qu’elle soit) comporte des inconvénients et que… À l’école, il faut travailler.

Dans le militantisme de tribune, en revanche, la suppression possède un avantage incomparable. Elle tient sur une pancarte alors que le remplacement exige parfois plusieurs centaines de pages.

On comprend le choix du format.

Le passage d’une cause à l’autre avait déjà produit une scène assez révélatrice à Amsterdam, le 12 novembre 2023. Lors d’une manifestation pour le climat, après que Greta eut donné la parole à une Palestinienne et à une Afghane, un homme était monté sur scène et lui avait pris le micro pour protester contre cette orientation politique. Il avait dit qu’il était venu là pour parler de la cause écologique et de ses problèmes et pas de la guerre à Gaza.

Pas de bol pour lui, les médias parlaient de Gaza, et l’image de Greta est plus importante que les causes (dont elle ne sait rien en fait) donc il avait été écarté.

Quelle outrecuidance que de s’imaginer qu’une manifestation pour le climat pouvait avoir le climat pour sujet principal!

Une conception manifestement un peu provinciale de la chose!

Car désormais, tout est lié. Le climat, la Palestine, l’école, le capitalisme, l’avenir, les luttes…

Et c’est pratique parce qu’en reliant tous les sujets, on finit par disposer d’un mandat pour parler de n’importe lequel et les drapeaux palestiniens dans une manif le premier mai, ou des « nous sommes tous antifachistes » sont scandés pour toute occasion et comme ça, on réunit toujours un maximum de gens et personne ne sait plus de quoi il s’agit mais on s’en fout car le but n’est plus d’obtenir quoi que ce soit, mais de bordéliser.

Revenons à Greta: Je ne sais pas ce qui la motive personnellement. La conviction, le plaisir de la tribune, un mélange des deux ou… un degré de narcissisme élevé. Car ce n’est pas ses compétences!

Et autour d’elle, le même raccourci se répète : puisqu’elle est connue, son intervention mérite d’être entendue ; puisqu’elle est entendue, elle finit par paraître autorisée.

C’est une promotion remarquable. Dans beaucoup de métiers, il faut prouver qu’on maîtrise un sujet avant d’être invité à l’expliquer. Dans celui-ci, l’invitation semble tenir lieu de preuve.

Les lycéens français ont besoin de réponses sur leurs études. Ils peuvent certainement apprécier un soutien international. Mais l’émotion d’une visite ne dispense personne de préciser ce qu’il propose et pourquoi cela fonctionnerait.

On attend donc avec intérêt la contribution détaillée de Greta à la réforme de l’admission dans l’enseignement supérieur.

Son dernier diplôme connu est de niveau bac. Elle a ensuite été présente un semestre à l’université de Stockholm, dans un cursus de « développement global », avant de l’interrompre.

Un semestre pour étudier le développement global… Manifestement suffisant pour passer aux travaux pratiques: expliquer au globe comment il doit fonctionner. (Cyril Malka)