Marius, la girafe vedette

Le monde entier, enfin, presque, s’est ému ces derniers temps parce que le zoo de Copenhague a abattu une de ses girafes et, après avoir fait une dissection en public, a « utilisé la viande comme nourriture pour les lions ».

Ceci a démarré une vague, ou plutôt un tsunami, d’objections sur les médias dits sociaux (Facebook et Twitter, en gros) et le directeur du zoo de Copenhague a reçu plusieurs menaces de mort.

Ce que je trouve intéressant dans toute cette histoire, c’est l’émoi que cela a généré dans le monde. Enfin, je veux dire, on ne parle pas de meurtre d’enfants, de viol, d’assassinat ou autre, mais d’un zoo qui abat une girafe…

Avant de revenir sur ce point, qui me paraît intéressant. Ce que je ferai dans un autre article la semaine prochaine, j’aimerais avant tout tirer les choses au clair par rapport à cette histoire de girafe. C’est le sujet de cet article.

Le zoo de Copenhague est un des zoos les plus renommés au monde. Les animaux y vivent dans des conditions si proches de la nature que sur certaines des photos que j’ai prises, beaucoup de gens se méprennent et croient que j’ai fait un safari-photo. Régulièrement, des animaux qui pourtant ne se reproduisent pas en captivité se reproduisent au zoo de Copenhague. Pour le zoo de Copenhague, comme par la plupart des zoos dans lesquels on désire donner les meilleures conditions de vie aux animaux, on est obligé de contrôler le matériel génétique et la reproduction des animaux. Cela ne sert à rien de laisser les animaux se reproduire à foison (ce qui ne manquera pas d’arriver vu qu’ils n’ont pas d’ennemi naturel dans le zoo), de par cela avoir de moins en moins de place et un risque accru de consanguinité.

La plupart des zoos contrôlent le nombre d’individus en abattant certains exemplaires de leurs animaux, des fois dès la naissance, d’autre fois, plus tard. On n’en parle pas dans les médias parce que c’est quelque chose qui est fait le plus naturellement du monde et c’est une routine.

Marius (le nom de cette fameuse girafe) avait dix-huit mois, son matériel génétique était redondant, il avait des problèmes au sein du troupeau. Marius n’avait pas lieu d’être. Les zoos européens qui coopèrent avec le zoo de Copenhague avaient déjà le matériel génétique de Marius, il ne pouvait donc pas être déplacé. Donc Marius a été anesthésié et abattu.

Il est vrai que certains autres zoos ne font pas ce genre de choses. Ils laissent les animaux se reproduire et, avec le temps, les animaux ont de moins en moins de place, deviennent de plus en plus stressés et agressifs les uns envers les autres et tout le troupeau est malheureux. Où est la logique?

Dans la nature, les girafes (et autres animaux) ont leurs ennemis naturels qui participent à contrôler le matériel génétique. En captivité, on est obligé de le contrôler autrement si on veut que les animaux se développent et soient heureux.

La viande de Marius n’a pas juste été « utilisée comme nourriture pour les lions »: Une partie, oui, bien sûr (les cuisses, entre autres), mais plusieurs morceaux de la girafe ont été envoyés au travers de l’Europe et du monde à fins d’études.

Maintenant, et quand bien même toute la girafe aurait été donnée aux lions, qu’il y a-t-il d’odieux à nourrir les lions et les tigres d’une viande qui leur est naturelle? Ces animaux n’ont jamais été végétariens. Ils ont toujours mangé de la viande et quelle différence il y a-t-il entre leur donner des restes de la girafe ou des morceaux de viande d’une vache? De plus, il y a fort à parier que la mise à mort de Marius s’est passée de façon plus humaine que celle qu’on utilise pour abattre les bovins qu’on utilise quotidiennement pour les lions… ou pour nos steaks.

Enfin, il y a l’autopsie qui a été faite publique. Ce que les médias souvent ont référé comme « démembrement » de la girafe s’appelle une autopsie et est effectué sur tout animal du zoo qu’il meure de mort naturelle ou qu’il soit abattu. L’autopsie permet d’apprendre beaucoup de choses sur les animaux et je ne vois pas non plus pourquoi on devrait s’en priver. J’aimerais pointer que l’animal EST mort lorsqu’on l’autopsie. C’est-à-dire qu’il ne souffre pas.

L’autopsie était publique afin de donner aux gens la possibilité d’apprendre. L’abattage de Marius était lors des vacances d’hiver. Il y a plus de visiteurs dans le zoo lors de cette période et le zoo de Copenhague a très souvent, lors des vacances scolaires, eu certaines activités. Alors, pourquoi ne pas éduquer le public que les gens comprennent ce qu’est une autopsie, comment est composée une girafe, qu’elle n’a que sept vertèbres cervicales, à quoi servent les différents organes au quotidien, etc. Les enfants ont posé une foule de questions aux vétérinaires qui ont pratiqué l’autopsie et qui pouvaient expliquer ce qu’on pouvait déduire d’une telle autopsie et ce qu’on pouvait en apprendre.

Mais bien sûr, il aurait peut-être mieux valu laisser les gens dans l’ignorance? Moins on en sait, mieux ça vaut?

Personne n’a été obligé d’aller voir, ni adulte, ni enfant. Je veux dire, on n’a pas obligé « ces pauvres gosses à voir le démembrement d’une girafe » comme certains journalistes se sont plu à le faire croire. Cela a été éducatif pour les adultes comme pour les enfants. Je n’en dirais pas autant des programmes télé que ces chers bambins voient chaque jour.

Il y a toujours, au Danemark, une bonne partie de la population qui pense qu’il ne faut pas mourir idiot et que l’éducation et le savoir sont des principes clefs. On peut s’éduquer de plein de choses et donc également de l’autopsie d’une girafe.

Il est vrai que c’est étonnant de voir des gens venant d’un pays dans lequel on offre des chiens à Noël pour les laisser au bord des routes en juillet juger la façon dont un des zoos les plus réputés au monde gère son quotient de girafes.

Souvenons-nous qu’en France, les chiens, chats et autres ne sont pas considérés comme être vivants. Juridiquement, les animaux de compagnie sont des meubles et sont, malheureusement, souvent traités comme tels.

En gros, pour beaucoup de danois, nous nous disons que les Français devraient s’occuper de la façon dont ils traitent les chiens, les chats, les oiseaux et autres avant de se poser en donneur de leçons sur la façon dont nous contrôlons les naissances des animaux du zoo.

Il y a pourtant une foule d’autres causes plus importantes auxquelles s’atteler. Non seulement la façon dont les Français traitent les chiens (chose qui nous a beaucoup choqués lorsque nous vivions en France), mais aussi dont on traite les animaux qu’on abat ou qu’on utilise dans l’industrie alimentaire. Il y a de quoi faire, si on le veut vraiment.

Est-ce que les Français ne devraient pas plutôt s’intéresser à la façon dont, par exemple, les poules pondeuses sont traitées en France?

À l’intérieur, les cages sont entassées sur des rangées de plusieurs dizaines de mètres de long et une dizaine de mètres de haut.

Dans chaque cage, 15 à 60 poules doivent vivre ensemble dans un espace si restreint qu’il y est difficile d’étendre les ailes et de se déplacer sans déranger les autres. Le sol est grillagé et occasionne des lésions aux pattes.

Voyez ce petit film. Ce sont les normes de 2012, dont je parle là!

 

Ne serait-ce pas plus important de commencer par remettre de l’ordre chez soi avant de se concentrer sur une girafe du zoo de Copenhague?

En fait, non. C’est vrai que ce serait plus logique. Mais ce n’est pas ce qui se passe. Il y a une explication à ça, mais ça, j’en parlerai la semaine prochaine.

Stay tuned! (Cyril Malka)

Feb 13, 2014 at 17:08

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