J’aime pas les bonnes causes!

(06/02-2014) – Oui, j’avoue. Je suis sur Facebook. J’ai une page professionnelle (que vous pouvez trouver ici), sur laquelle je partage divers trucs sur la psychologie et une page personnelle sur laquelle je parle de pleins d’autres choses aussi.

À la différence de beaucoup, je ne me dispute pas sur Facebook. Si c’est sur la page de quelqu’un d’autre, j’arrête la discussion et je « rentre chez moi », si c’est un de mes « amis Facebook », je vire la personne en question et on n’en parle plus (bon, des fois, je contacte la personne en privé et lui demande de se calmer avant, ça dépend des cas). Pas d’engueulades sur ma page et c’est tout. Si les gens veulent se disputer, il y a plein d’autres endroits à disposition.

Une autre chose que je fais différemment, et au risque de passer pour un vieil égoïste, c’est que je ne participe pas aux « bonnes causes ».

Sur Facebook, vous allez régulièrement trouver des trucs du genre: « Aime et partage ça sur ta page si tu es contre le cancer/les femmes battues/les OGM/Taubira/la neige en hiver »… ou autre cause plus ou moins débile.

Ben en fait, je ne fais jamais de « Jaime » sur ce genre de chose et je ne les partage jamais. Tout simplement.

Pourquoi?

Deux raisons:

Premièrement, je ne vois pas en quoi le fait de faire un partage d’une page ou d’une photo va faire reculer la famine dans le monde, le nombre de femmes battues ou le cancer. Désolé, mais ça m’échappe totalement.

Je ne vois pas ce que les pauvres touchés par la famine peuvent faire de mes « j’aime » de Facebook.

Deuxièmement, je trouve ce genre de truc non seulement « débilisant », mais pacifiant. À part quelques personnes totalement à 100 % dans leur truc et qui n’ont qu’une cause comme objectif, qui ne parlent que de ça, qui ne font que ça, la plupart d’entre nous vont aider les choses avec lesquelles nous avons quelque sympathie et que nous aimerions faire avancer.

Disons que la plupart d’entre nous qui avons une vie, une famille, des enfants, un boulot et un percepteur, nous n’allons pas utiliser autant d’énergie à une cause, aussi juste nous paraisse – t – elle que ceux qui ne vivent que par elles.

Et si on peut aider en mettant une image sur notre page et en demandant de partager, et ben, on le fait. Pour montrer sa solidarité, pour aider… Bref… Après avoir appuyé sur le bouton « partager », cliqué sur « j’aime » et mis un commentaire acide, on a fait notre devoir du jour et on peut passer à autre chose.

… Alors qu’en fait, on n’a rien fait du tout. Mais on a l’impression d’avoir fait. Résultat des courses, on fait beaucoup moins que si on s’était bougé de derrière l’ordinateur et si on avait mis la main à la pâte, distribué des tracts ou donné une petite pièce pour cette même cause. Notre aide, notre engagement, est devenu virtuel.

En fait, en faisant ces « j’aime » et « je partage », on fait beaucoup moins qu’on en donne l’impression.

Mais des fois, me direz-vous, ça change les choses. Regardez Farid et le lancer de chat?

Pour mémoire, Farid est un gars qui s’est fait filmer pendant qu’il balançait un chat par deux fois contre la façade d’un immeuble. Il l’a mis sur sa page Facebook.
Le réseau social s’est enflammé et il y a eu dépôt de plainte. Très rapidement, Farid a été arrêté et jugé: un an de prison ferme.

La communauté Facebook se félicite et on trouve une foule de dessins qui illustrent la victoire.

Avant tout chose, il faut savoir que, selon le ministère de la Justice, en 2009, pas moins de 82 000 peines de prison n’étaient tout simplement pas effectuées.

D’après un rapport de l’Inspection générale, cela représente près de 20 % des condamnations à de la prison ferme. 69 % des condamnés qui échappent à la prison ont été condamnés à moins de 6 mois, 22 % sont des condamnés à une peine allant de 6 mois à 1 an, 5 5 à une peine de 1 à 2 ans et… 3 % des coupables non emprisonnés avaient été condamnés à une peine allant de 2 à 5 ans et 0,6 % d’entre eux à une peine supérieure à 5 ans.

Ensuite, apparemment, peu de personnes savent que l’article 48 du projet de loi pénitentiaire de 2009 contraint les juges d’application des peines à annuler les décisions rendues par les tribunaux. Toute personne condamnée à deux ans de prison ferme doit être libérée avant même que ne commence sa peine. Très souvent en échange d’un bracelet électronique ou de travaux d’intérêt général. Les habitués du système savent qu’en dessous de deux ans de prison fermes, ils ne risquent pas grand-chose.

Pensez-vous vraiment que les gens qui laissent libres des violeurs et des délinquants en série vont mettre en prison pendant un an un bonhomme qui a balancé un chat contre la façade d’un immeuble? Juste parce que ça a fait un buzz sur Facebook?

Bien sûr que non, mais ça a calmé tout le monde… Et ça n’a rien changé.

C’est entre autres pour ça que j’aime pas les bonnes causes et que je n’y participe pas. Si on veut faire changer les choses, il ne suffit pas de mettre un « j’aime et je partage »… Bien au contraire. (Cyril Malka)

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